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mercredi, 12 octobre 2005

De l'usage de la mondialisation aux bénéfice qu'il est possible d'en tirer

Par Jean-André Tsimaratos

Vice-président SOCRATES Europe

 

Avant-propos

 

La France vit depuis le lendemain du référendum sur la Constitution Européenne, sous l’influence de quelques idées fixes, selon lesquelles, tous les maux qui ont pour nom chômage, baisse des revenus du travail, difficultés agricoles, désindustrialisation, déficit de la sécurité sociale, difficultés de se loger, immigration etc. etc. ont une même origine :
La mondialisation et son corollaire le libéralisme
Tout ce qui compte dans le microcosme politique se plaît à conforter cette idée fixe, de la gauche extrême à la droite extrême. Tous ceux qui accablent la mondialisation et le libéralisme, feignent d’ignorer que les maux cités ci-dessus,  existent déjà depuis au moins 1980, alors que les  deux soi-disant fléaux n’existaient pas à cette époque, et que ce qui en sont les accusateurs les plus virulents aujourd’hui étaient ou sont aux affaires depuis cette époque, plusieurs d’entre eux ayant négocié et signé les accords instaurant la mondialisation et par voie de conséquence le libéralisme.
Dans une société démocratique où les citoyens sont bien informés par des médias, libres de toute influence et indépendants, ces responsables politiques auraient été envoyés à leurs chères études et ne seraient pas en train de pavaner en-tête des cortèges de leurs victimes ou devant les caméras qui leur donnent l’occasion de poursuivre leur travail de sape de la société française et du moral des Français.
Ce qui importe pour ceux qui ne font pas partie de cette catégorie de personnalités, est la souffrance réelle de ces millions de Françaises et Français qui n’ont pas d’emploi, pas de logement, pas de protection sanitaire, pas de quoi manger et donner à manger à leurs enfants, pas les moyens de scolariser leurs enfants ou de leurs offrir des vacances convenables, enfin tous ceux qui vivent en dessous du seuil de la pauvreté.
A  ces femmes, hommes et enfants, il faut leur dire haut et fort, que leurs conditions ne sont pas dues à la mondialisation et au libéralisme, mais à l’incurie, l’incompétence et la soif de pouvoir de ceux qui aujourd’hui les dressent contre ceux qui tentent de construire une société française qui saura tirer profit de la mondialisation et du libéralisme. Nous tenterons de leur donner matière à réflexion avec ce qui suit


 

Pourquoi la mondialisation

 

Il y a encore quelques années, pour savoir ce qui se passait à quelques kilomètres de chez nous, il fallait quelques heures, parfois quelques jours et souvent quelques semaines. La radio, la télévision, le fax, le téléphone avaient permis de rapprocher le monde, de mieux informer, de communiquer par-dessus les frontières et les barrières dressées par les ceux qui gouvernaient le monde, mais tout cela restait fragmentaire. Notamment, les effets sur les échanges commerciaux et sur la manière de travailler et de produire étaient peu importants. Le seul secteur qui avait profité des premiers progrès technologiques était celui des capitaux et ce malgré les contrôles de change, en vigueur dans la plus part des pays.
A partir de 1980, l’accélération des progrès technologiques, plus particulièrement dans les domaines des technologies de l’information, a modifié, non seulement la vitesse de la communication mais aussi l’organisation de travail. En réalité se sont les frontières qui ont été abolies et la planète est devenue un grand village. L’anarchie qui aurait pu s’imposer sur les échanges, en général, dans le monde, a conduit les responsables politiques à mettre en place une organisation, des institutions et des règles. Ainsi, la libération des échanges, qui serait survenue de toute façon, a été placée dans un cadre juridico-politique institutionnel. Ce cadre a été baptisé « mondialisation » par les médias francophones et « globalization » par les médias anglo-saxons.
La mondialisation n’est donc rien d’autre que l’organisation négociée des échanges commerciaux. Les différents gouvernements français ont été parties prenantes de ces négociations et ont signés les accords qui en ont résulté. Par le jeu des alternances politiques, tous les partis représentés au Parlement français ont participé à l’un ou l’autre gouvernement qui a conduit ces négociations ou qui a signé les accords. Il faut donc croire que certains, parmi eux, savaient quels auraient été les effets des accords qu’ils signaient et n’ont rien fait pour préparer l’économie française à faire face, voir, à tirer bénéfice des nouvelles dispositions. Ou bien, ils n’avaient rien compris et alors en s’y opposant aujourd’hui, ils font preuve de leur incompétence. Dans les deux cas ils méritent d’être sanctionnés par le suffrage universel !
Qu’est-ce le libéralisme ?

 

La France vit depuis quelques années dans la confrontation entre libéralisme et modèle social français. Ce qui est remarquable, pour l’observateur étranger, est que ces deux notions auraient dues constituer une frontière nette et claire entre la gauche et la droite. Or, il n’en est rien. Gauche comme droite, revendiquent la défense du modèle social français, de même qu’elles pratiquent, lorsqu’elles sont au pouvoir, un pseudo-libéralisme qui a pour effet d’estomper les avantages d’une économie libérale et surtout de charger lourdement l’économie française. L’interventionnisme étatique, fait partie de la culture française.


 

La confrontation gauche – droite n’est que verbale, alors que le pseudo-libéralisme empêche la mise en place d’une politique économique et sociale cohérente, permettant de résorber les déficits catastrophiques des comptes de l’Etat, dans une perspective sociale d’avenir consolidée et réaffirmée. Comment expliquer ce besoin des hommes politiques français de défendre le modèle social français, alors que celui-ci croule sous les coups de butoir conjugués du chômage et des déficits des comptes de la nation. Le patriotisme, semble en être la cause.
Mais si tel est le cas, ne faudrait-il pas rappeler à tous ceux qui fustigent le libéralisme et se réclament des valeurs républicaines énoncées par la Révolution de 1789, que précisément la Révolution française apparaît comme la consécration solennelle du libéralisme politique, dont les fondements philosophiques remontent au  milieu du XVIIe siècle. Est-il nécessaire de rappeler que le premier mouvement libéral économique en France est né au début du XVIIIe siècle en réaction au Colbertisme. Patriotisme pour patriotisme la pensée libérale, en France, n’a rien a envié à la pensée centralisatrice (Colbertiste ?).
Lors des débats entre hommes politiques, représentants socioprofessionnels ou associatifs et journalistes ou politologues, l’impression est donnée que le libéralisme est une doctrine au même titre que le communisme.
En réalité, le libéralisme est un état d’esprit qui, sur le plan politique, prône la liberté, le respect d’autrui sans distinction de classe, de race ou de croyances religieuses. Toutes valeurs qui sont inscrite dans la Déclaration des Droits de l’Homme, comme dans la Convention Européenne des Droits de l’Homme.
Sur le plan économique, le libéralisme favorise l’initiative créatrice et innovatrice, individuelle ou collective, le sens des responsabilités, et encourage la volonté d’entreprendre pour créer des richesses.
Enfin, sur le plan social, le partage des richesses ainsi créées, l’égalité des chances, la promotion sociale par le travail, le plein emploi qui contribue à l’épanouissement de l’être humain, la protection des plus faibles en leur assurant une activité qui préserve leur dignité, s’inscrivent parfaitement dans cet état d’esprit.
Le triptyque liberté, égalité, fraternité, qui constitue les valeurs républicaines françaises, s’inspire de la philosophie libérale. Promouvoir les valeurs libérales c’est promouvoir les valeurs républicaines.
Comment tirer bénéfice de la mondialisation

 

Dans le débat qui divise aujourd’hui les Français et qui sert de tremplin aux femmes et hommes politiques pour accaparer le pouvoir, le maître mot est se défendre contre les effets de la mondialisation et du libéralisme. La notion même du mot défendre évoque un état d’esprit passif qui conduit à l’abandon de toute initiative conquérante.


 

Les leçons de l’histoire récente auraient du permettre au monde politique en France comme à l’opinion publique de tirer les enseignements selon lesquels ériger des lignes Maginot, des barrières douanières ou des contrôles de change constituent une protection totalement inefficace. Vouloir s’opposer à la mondialisation, c’est nager à contre courant ce qui garantit la noyade à court terme.
L’honnêteté, le courage et l’intérêt national exigent des responsables politiques et des médias de faire prendre conscience aux Français que :
·        Ils sont dans un environnement, économique et social, mondialisé et libéral duquel ils ne peuvent se soustraire sous peine de devenir un Etat comme la Corée du Nord ou Cuba, malgré le fait que la France est, aujourd’hui encore, l’une des cinq grandes puissances économiques et commerciales.
·        Ils doivent admettre que les règles du jeu, dans la compétition internationale, sont les mêmes pour tous, et qu’ils ne peuvent pas imposer leur vision du monde aux autres.
·        La France est perçue à l’étranger comme une puissance en déclin pour des raisons à la fois économiques et politiques. Par ailleurs, la crédibilité de la France est entamée par le hiatus qui existe entre les discours et l’action,  par l’anti-américanisme latent et enfin par le double discours sur certains sujets comme celui de la Turquie par exemple.
L’opinion publique doit se rendre compte que la mondialisation est un fait incontournable qui n’a pas que des aspects négatifs. En effet, la mondialisation a permis aux grandes entreprises multinationales du CAC 40 d’attirer des capitaux étrangers qui leur ont permis, à leur tour, d’acheter des entreprises à l’étranger, renforçant ainsi leur présence dans le monde et confortant, par là même, l’emploi en France.
 Il en est de même des petites et moyennes entreprises qui ont réussi à s’implanter en Asie du Sud Est. Rien que dans la province du Sichuan en Chine, plus de 600 PMI/PME sont présentes. La mondialisation a également permis à des entreprises, japonaises et coréennes de s’implanter en France, notamment dans le Nord et en Alsace, et de créer ainsi de nombreux emplois.
Ces flux sont incessants et sont fonction des conditions de travail, des infrastructures, de la qualification de la main d’œuvre et de l’encadrement et enfin des structures de recherche existantes dans l’environnement d’accueil. Pour réussir à tirer profit de la mondialisation il convient de mettre en œuvre une politique qui rendent ces conditions plus attrayantes en France qu’ailleurs.
Parallèlement, il faut profiter des conditions particulièrement avantageuses de la Chine et des autres pays du Sud Est pour y implanter des industries permettant de produire la qualité française à des prix très compétitifs et de vendre sur des marchés porteurs tels que l’Australie, la Nouvelle Zélande et les Etats-Unis.


 

Conclusion
La France est capable de relever le défi de la mondialisation. Elle en a les moyens scientifiques, de recherche fondamentale et appliquée, d’innovation, de gestion, de production. Il lui manque le savoir-faire à l’exportation et pour les grands projets de lobbying à l’anglo-saxonne.
Pour y parvenir, il faut substituer l’esprit battant et gagneur à l’esprit défensif et râleur. Il faut cesser de croire que tout le monde doit reconnaître la supériorité française et se soumettre à sa loi politique, économique, sociale et commerciale. Il faut appréhender les particularismes des autres, les respecter tout en acceptant l’émulation qui conduit à la victoire mais aussi parfois à la défaite. Et lorsqu’il y a défaite celle-ci doit être l’aiguillon pour la prochaine victoire.

C’est en se remettant en cause que les Français parviendront à se réinscrire dans leur temps et à retrouver leur place et leur influence en Europe et dans le monde

14:22 Publié dans Veille Stratégique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note