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lundi, 05 septembre 2005

Entreprendre et créer sont les seuls remèdes à la morosité ambiante

Par Jean-André Tsimaratos,
Président de la Commission Génération Europe de France République

 

Dans un article paru dans le Figaro de ce Samedi 3 septembre sous le titre « Bonnes et fausses nouveautés de la rentrée » les trois auteurs, François Simon, Alexandra Michot et Emmanuelle Maisonneuve écrivent :
·        « Paris capitale du monde de la gastronomie ? Vous voulez rire ! Tokyo (plus que jamais), Las Vegas qui déboule, New York qui perfore, Londres qui troue ; bientôt Paris prendra ses leçons de province (pardon, des régions). Nice nous galvanisera, Bordeaux nous enfoncera, Nantes nous illuminera, Vichy pétillera. Autant le dire, Paris traîne sa morosité, sa neurasthénie, Paris a peur (quelle barbe !). »
A croire qu’en France, seuls les critiques gastronomiques voyagent et se rendent compte des mutations qui s’opèrent dans le monde. Les hommes politiques eux, voyagent sans doute, dans un monde aseptisé, comme celui dans lequel ils vivent à Paris, se contentent de leur souvenirs de jeunesse, lorsqu’ils voyageaient comme tout le monde, et assènent leurs vérités immuables sur l’incapacité des britanniques d’apprécier et de faire de la bonne cuisine. Ils oublient que ce sont les britanniques qui, des les débuts du siècle passé, ont fait les beaux jours des palaces de la côte d’Azur, de Deauville et du Touquet.
La morosité ne se rencontre pas uniquement dans la gastronomie. Elle se rencontre partout et elle est cultivée par l’establishment politique qui se nourrit de celle-ci pour faire semblant d’agir. Or, cet état d’esprit est particulièrement visible à Paris, depuis la défaite de sa candidature au JO. On a l’impression que tout le développement de la France, et notamment de Paris, a été fondée sur les JO et que leur perte a mis en panne toutes les idées de projets alternatifs.
Il suffit de voir les mines déconfites du Maire de Paris et de ses adjoints, sur les petits écrans, pour comprendre l’étendue du désastre qui les accable ! Et comme en France tout commence et tout fini à Paris, lorsque Paris tousse la France entière est enrhumée ! Ainsi, les milliers d’hectares de forêts brulés dans le sud, sont des avatars régionaux, alors que les deux hôtels insalubres brulés à Paris sont des affaires nationales.
A lire la presse et les déclarations des femmes et hommes politiques, les seuls événements majeurs de ces dernières semaines sont les universités d’été des différents partis, et le positionnement dans « starting blocs » des présidentielles de 2007 des différents candidats. La morosité, le chômage, la quasi stagnation de la croissance, la crise de l’éducation nationale, la perte d’influence de la France dans le monde, la spéculation immobilière à Paris, le malaise des agriculteurs, tout cela est secondaire à la fois pour les journaux et pour les hommes politiques. Le seul événement qui compte est la présidentielle de 2007.
Certains prétendent même qu’aucune réforme sérieuse ne doit être entreprise avant la prochaine présidentielle. Comme si la dette publique, la réforme de l’impôt, la réforme de l’état peuvent se payer le luxe d’attendre encore 18 mois avant d’être traités.
Les choses étant ce qu’elles sont, faisons l’état des lieux des présidentielles aujourd’hui.
Au sein de la majorité parlementaire Nicolas Sarkozy a depuis longtemps déclaré son intention d’être candidat tout en subordonnant sa candidature à l’approbation de l’UMP.


 

La presse et le microcosme parisien qui n’aiment pas les situations claires et simples, lui opposent, à défaut du Président sortant, le Premier Ministre. Tous deux auront, le jour de l’élection, respectivement 52 et 54 ans. A mon humble avis il n’y aura qu’un seul candidat car les deux hommes sont à la fois intelligents et soucieux des intérêts de la France.
Dans l’opposition parlementaire les choses sont autrement plus complexes et les résultats du référendum ont provoqués de véritables fractures, difficiles à colmater en si peu de temps. De plus, aux affrontements émanant des ambitions personnelles s’ajoutent les divergences profondes des options politiques des uns et des autres.
Trois partis constituent l’un des pôles de cette opposition ; il s’agit du PS, des Verts et du PC. Chacun d’eux développe sa propre stratégie, tout en espérant qu’ils pourront se rejoindre à un moment donné.
C’est au PS, qui constitue l’épine dorsale de l’opposition que la situation est la plus embrouillée. Deux courants s’opposent frontalement sur le plan idéologique (gauche pure versus sociale démocratie), eux-mêmes traversés par deux courants opposés (pro et anti constitution européenne). Pour épicer tout cela il y a les ambitions personnelles, dont la ténacité est telle qu’elle fera des dégâts irréparables à l’issue des procédures qui seront mises en place pour la désignation du candidat. Tout cela conduit à une multiplicité de candidats que voici, l’âge indiqué étant celui au moment de l’élection : Jack Lang 66 ans, Laurent Fabius 61 ans, Dominique Strauss Kahn 58 ans.
Les Verts ont déclaré qu’ils présenteront un candidat qui sera désigné par les militants et se rangeront au deuxième tour derrière le candidat du PS, s’il reste en course.
Marie-George Buffet, qui dirige le PC, rêve, après les résultats du référendum, de reconstituer l’amalgame d’union entre le PC et la gauche radicale extra-parlementaire et de présenter un candidat tel que Bové.
Depuis cet été, l’opposition a un autre pôle représenté par l’UDF qui présentera le candidat François Bayrou 56 ans.
Enfin, il y a le Front National dont le candidat Jean-Marie Le Pen 78 ans, espère renouveler, son coup de 2002, et la gauche extra-parlementaire qui pourrait se joindre au PC pour renouveler ce qu’ils considèrent comme leur victoire lors du référendum en oubliant que pour atteindre 56% ils se sont ralliés au FN !
De cet état des lieux la seule conclusion encourageante qu’il est possible de tirer est que, la cohésion du parti (UMP) de la majorité parlementaire reste intacte, même s’il y a débat sur la stratégie à suivre quant au rythme des réformes nécessaires ou compétition de personnes en ce qui concerne la candidature présidentielle. Le débat et la compétition enrichissent la réflexion et le dynamisme du parti, et contribueront à entrainer l’adhésion des militants et des électeurs aux décisions qui en découleront.
Ce qui importe donc aujourd’hui c’est de construire un projet de gouvernement pour la période 2007-2017, qui sera porté par le candidat de la majorité parlementaire et qui sera transformé en un contrat de gouvernement entre les français et le candidat s’il était élu. Ce contrat ne pourrait subir aucune transformation au gré de tractations politiciennes entre les partis ou sous la pression de la rue.


 

Il appartient évidemment au parti et à ses structures d’élaborer ce projet. Mais pour lui donner une dimension nationale et internationale, le parti devrait s’ouvrir aux « think tanks » qui réfléchissent sur les transformations indispensables auxquelles devrait se soumettre la société française, pour transformer la morosité en une volonté de réussite qui profiterait à tous. Plus important encore, il faudrait que l’esprit élitiste à la française, qui n’est en fait rien d’autre qu’un corporatisme déguisé, soit remplacé par un esprit élitiste tout court, fondé uniquement sur le mérite.
Le Président de l’UMP semble avoir compris la nécessité de s’ouvrir aux talents et non pas seulement aux titres. Il l’a dit mais il l’a aussi fait. Le problème qui se posera à lui c’est de convaincre l’appareil du parti de pratiquer cette ouverture. En fait, la réforme de la société française commence par la réforme préalable des mentalités des appareils politiques. L’expérience montre qu’aujourd’hui encore, au sein de l’UMP, il est très difficile de mettre sur la table un projet sans passer par les fourches caudines des « apparatchiks ». Il est indispensable de remédier à cette situation très rapidement, faute de quoi les talents s’expatrieront et la France continuera à régresser.
En effet, pour créer une société dominée par la volonté de créer et d’entreprendre et caractérisée par l’envie de se battre pour réussir, ce que les anglais appellent « le fighting spirit », il faut que les appareils politiques mettent en œuvre les mêmes méthodes en leur sein.
Concernant le projet de gouvernement, il ya lieu, de manière très claire et sereine, de dire aux français qu’il est animé par un seule principe : celui de la valorisation du génie et des talents de chacun d’eux.
Aucun « isme » ne viendra perturber l’élaboration de ce projet. Pas de capitalisme, pas plus que de libéralisme ou de socialisme. Seules la volonté et l’ambition de transformer la France en un espace de liberté permettant a toute personne, quelque soit son origine sociale voire nationale, d’entreprendre et de créer des richesses pour lui-même et pour la société toute entière, caractériseront ce projet.
Un projet qui :
·        définira les rôles de l’Etat (pouvoirs exécutifs et législatifs nationaux comme locaux et régionaux, pouvoirs régaliens), des services publics et de leur organisation, des entreprises, des associations socioprofessionnelles et de la société civile.
·        Esquissera les règles du jeu qui s’appliqueront dans les relations entre les différents acteurs de la vie économique et sociale.
·        Inspirera la vision sociétale de la France pour les années à venir, ainsi que l’ambition de son rôle en Europe et dans le monde.
Ce projet devra libérer la France de tous les carcans bureaucratiques qui l’empêchent de progresser. Il devra viser :
·        A promouvoir l’égalité des chances dès le plus jeune âge, en organisant l’éducation nationale et le système de santé en conséquence.
·        Au plein emploi et à la sécurité des biens et des personnes.
·        A repenser l’application des droits acquis, dont il est légitime de les respecter pour tous ceux qui exercent leur métier dans le cadre de ces droits et qui ont organisés leur vie autour de ces droits. Mais les droits acquis ne sont pas héréditaires et transmissibles. Les contrats de travail sont fonction des circonstances économiques et sociales du moment et doivent pouvoir évoluer pour chaque personne qui entre sur le marché du travail.


 

La tache est ardue, les délais sont courts, les françaises et les français sont dans l’attente d’un signal fort pour les sortir de leur morosité.
Les talents sont là, certains sont déjà à l’étranger, l’enthousiasme de ceux qui croient aux chances de la France est perceptible et leur volonté d’y contribuer est manifeste. Reste à l’UMP de montrer, au-delà des discours, qu’elle est capable d’accueillir, de dialoguer et d’intégrer ces « think tanks » dans le processus d’élaboration du programme présidentiel de 2007.
C’est à ce prix que le rêve d’un projet de société fondé sur le mot d’ordre « entreprendre et créer » deviendra crédible et s’identifiera au parti qui l’aura lancé et à l’homme qui s’engagera de le mettre en œuvre.

13:22 Publié dans Veille Stratégique | Lien permanent | Envoyer cette note