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dimanche, 28 août 2005

L’événement de l’été

Par Jean-André Tsimaratos, Président de la Commission Génération Europe et Vice-Président de SOCRATES Europe.

Il est de tradition que les mois d’été soient marqués par des événements, généralement tragiques, qui marquent la fin de carrière de certains responsables politiques qui ont sous-estimé la gravité des effets de ceux-ci et de leurs retombées politiques et médiatiques.

Rien de tel cette année, d’autant plus que le séisme du référendum a conduit au remaniement ministériel, quelques semaines avant les grandes vacances. L’engagement pris par la nouvelle équipe de présenter des résultats significatifs au terme de 100 jours d’exercice du pouvoir, n’a pas permis aux membres du gouvernement de prendre de longues vacances. Ainsi, au moindre frétillement, les ministres étant à leur poste leur réaction fut immédiate.

Il y eut cependant, dans le courant du mois de juillet un sujet qui a occupé pendant deux trois jours la presse mais qui est vite retombé comme un soufflé mal cuit. Or, à mon sens, il s’agit d’un événement politique majeur car il clarifie de manière incontestable le paysage politique au sein de la majorité parlementaire.

En effet, à l’occasion de l’annonce, par le gouvernement, de son intention de privatiser les autoroutes, François Bayrou a pris la tête d’un mouvement irréductible contre la politique du gouvernement, non seulement sur ce sujet mais aussi et surtout sur ses méthodes de gouvernance. Des propos d’une rare violence ont été proférés, comme si François Bayrou craignait de se voir déborder par le Parti Communiste ou la Ligue Communiste Révolutionnaire.

Ce faisant, François Bayrou a rejoint l’opposition en entraînant dans son sillage l’UDF qu’il avait au préalable pris soin d’épurer de toute velléité de libre expression, en excluant Gilles de Robien pour insubordination à ses dictats.

La question se pose de savoir la cause de ces excès méritait une telle réaction de la part de François Bayrou. Que celui-ci ne soit pas d’accord avec cette intention, qu’il veuille un débat parlementaire approfondi tout cela est parfaitement légitime. Mais, qu’il profite de cette annonce pour mettre en cause les méthodes de gouvernance du gouvernement au risque de mettre en danger la cohésion de la majorité parlementaire, à laquelle il prétend appartenir tout en se réservant le droit d’être critique, relève d’un calcul plus personnel que celui de l’intérêt national auquel il se réfère constamment.

Disons les choses simplement et franchement, comme François Bayrou nous y invite par son comportement. Après s’être attelé au char de Valéry Giscard d’Estaing, puis à celui d’Edouard Balladur pour suivre Jacques Chirac, lorsque le vent a tourné, François Bayrou a découvert qu’il pouvait exister tout seul ! Cela aussi est parfaitement légitime.


Ayant pris cette décision courageuse et volontariste, il donnait l’impression de ne pas trouver sa place dans l’échiquier politique. La démocratie chrétienne qui lui aurait parfaitement convenu, ne représentant plus la niche que l’on connaissait dans les années soixante, il ne lui restait plus qu’une droite humaniste et sociale réduite en une peau de chagrin et une gauche caviar effarouchée par la montée du trotskisme.

En naviguant à vue dans cet étroit chenal, il réalisa lors des dernières présidentielles un score de 7% qui dépassa toutes ses espérances et lui fit croire avoir atteint ce seuil critique à partir duquel on devient le patron d’un parti charnière. Sauf que les législatives lui ont démontré que, pour être un parti charnière, il faut un système électoral qui ne soit pas du type majoritaire, ce qui n’est pas le cas en France actuellement.

Comme François Bayrou est un homme intelligent, il a compris que, pour réaliser ses ambitions personnelles, il est indispensable de faire en sorte que tout aille mal en France de manière à ce que le corps électoral ne sachant plus à quel saint se vouer, abandonne les partis de gouvernement pour faire émerger les groupuscules, dont peut être le sien.

Cette stratégie est parfaitement lisible depuis les dernières législatives, et sa dernière explosion au cours de la trêve estivale constitue le pas le plus décisif dans ce sens. François Bayrou n’est plus dans la majorité avec droit de critique ; il est dans l’opposition frontale et totale et j’espère que cet ainsi qu’il sera traité par la majorité parlementaire.

La clarification salutaire apportée par François Bayrou, me paraît être l’événement le plus important de l’été. Il doit permettre aux responsables de la majorité parlementaire de tirer quelques enseignements sur les mutations qui s’opèrent dans le paysage politique français.

L’après référendum a transformé le paysage politique en un champs de ruines. En effet, le clivage traditionnel (gauche radicale, gauche parlementaire, droite parlementaire et extrême droite) a volé en éclat. Il a été remplacé par des clivages, en apparence plus simples, mais en réalité d’une complexité beaucoup plus grande.

En effet, bien que les acteurs politiques se plaisent à parler ou à évoquer des stratégies « plus à gauche, plus au centre ou plus à droite », la réalité est que le paysage politique est confronté entre tenants et adversaires de l’Europe d’une part et d’autre part, entre immobilisme et changements dans les domaines économiques et sociaux. Les partis traditionnels sont traversés par toutes ces tendances, ce qui les empêche de définir des stratégies claires et à long terme, en fonction des intérêts de la France et des Français et non pas en rapport avec les échéances électorales, aussi importantes soient-elles.

Maintenant que François Bayrou a choisi l’opposition frontale avec l’UMP, cette dernière doit enfin pouvoir définir, très rapidement, une stratégie à long terme, débarrassée de toute idée de compromis avec qui que ce soit. Cette stratégie doit donner naissance à un programme décennal de gouvernement précis, comportant des étapes définies dans le temps. Ce programme serait présenté et expliqué aux Français à partir du mois de mai 2006 et deviendrait le contrat de gouvernement entre le prochain candidat de l’UMP au présidentielle et les Français.

Ainsi, la majorité parlementaire, représentée par l’UMP, sera sans doute, pour ne pas dire très certainement, la seule formation politique capable de confier à un gouvernement le soin de mettre de l’ordre dans les affaires de l’Etat pendant deux ans, sans se soucier des effets électoraux de son action, et parallèlement préparer l’avenir en tenant compte des seuls intérêts de la France et des Français et non pas des intérêts celui qui sera son candidat.

Les dernières réactions des Français aux mesures gouvernementales montrent que ceux-ci sont disposés aux changements et à la remise en cause des droits acquis, à condition qu’il y ait des résultats concrets dans le domaine de l’emploi.

11:10 Publié dans Construction Européenne | Lien permanent | Envoyer cette note