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lundi, 20 juin 2005

EUROPE : quel remède pour quel diagnostic ?

par Jean-André Tsimaratos,
Vice-président SOCRATES

Trois semaines viennent de s’écouler depuis le séisme français du 29 mai et sa réplique, quelques jours plus tard, aux Pays-Bas, d’une ampleur encore plus grande. Le doute est en train de gagner toute l’Europe, du Nord au Sud et d’Est en Ouest. Les réalisations les plus marquantes sont remises en cause.

Au récent Conseil Européen qui aurait dû, en principe, fixer la feuille de route de l’Europe pour les années à venir, eu égard à ce qui vient de se produire, deux questions ont dominé les débats :

• la pause versus la poursuite, en ce qui concerne le processus de ratification du Traité Constitutionnel,
• le chèque britannique versus la PAC en ce qui concerne le budget de l’Union.

Tout ce passe comme si les raisons du rejet du Traité Constitutionnel par les citoyens de deux pays, relevaient de l’affrontement entre les conceptions française et britannique. Les médias, français notamment, joue sur ce registre en poursuivant la ligne de conduite qui était la leur pendant la campagne référendaire, opposant le libéralisme anglo-saxon au soi-disant modèle social français.

Cette mauvaise querelle ne sert ni les intérêts de la France ni ceux de l’Europe. Dans une « union » il faut écarter ce qui divise et mettre en évidence ce qui unit. Dans le cas qui nous préoccupe les sujets qui peuvent nous unir sont beaucoup plus nombreux que ce qui nous divisent.

La promotion de l’emploi, la croissance économique, l’éducation, la recherche (scientifique, technologique et médicale), la politique industrielle, la politique agro-alimentaire, l’aménagement du territoire et de l’environnement, la promotion de la santé publique, sont autant de sujets que nous devons aborder ensemble pour pouvoir apporter une réponse forte qui satisfasse les exigences de nos opinions publiques

L’impossibilité dans laquelle se sont trouvés les chefs d’Etats de se sortir de cet affrontement suranné entre anglais et français, représentés par deux personnalités qui sont tous les deux sur la voie de sortie, est la preuve que les enseignements n’ont pas été tirés par le principal intéressé des deux scrutins susmentionnés. L’échec de ce sommet, alors que nous nous trouvons à un tournant critique de la construction européenne, montre que la crise est profonde et que pour s’en sortir il faut des initiatives résolument novatrices et audacieuses.

Pour être audacieux et novateur, il ne faut pas hésiter à remettre en cause les fondamentaux de la construction européenne. La PAC et le chèque britannique en font partie, mais pas seulement. La faiblesse de la position française procède du fait qu’elle est dictée par le besoin de paraître défendre une revendication corporatiste pour des besoins électoraux, en campant sur des attitudes immobilistes. La force de la position britannique est due à sa mobilité dès lors qu’elle consent à la remise en cause de son chèque à condition d’une mise à plat de l’ensemble du budget de l’Union.

Ce qui est surprenant, est que l’occasion offerte par les nouveaux entrants, de renoncer à une partie des avantages financiers qui leur ont été consentis, n’a pas été saisie pour procéder à une réforme profonde de la structure budgétaire de l’Union. Il se serait alors avéré possible de réformer la PAC et le chèque britannique sans trop de conséquences ni pour les uns ni pour les autres et d ans l’intérêt de tous. D’autant plus qu’à terme, c à d en 2013 au plus tard, la remise en cause sera obligatoire. Or, huit ans dans la vie d’une nation c’est déjà aujourd’hui.

L’autre déception résultant de ce sommet vient de l’immobilisme manifesté en ce qui concerne le Traité Constitutionnel. Comment est-il possible de considérer, au vu du rejet massif par les citoyens de deux Etats fondateurs, que ce Traité ait la moindre chance d’être appliqué dans deux, quatre ou dix ans. La décision adoptée à ce sommet reflète, d’une part, la fracture qui s’est creusée entre ceux qui gouvernent et les citoyens qu’ils représentent et, d’autre part, l’incapacité des gouvernants d’assumer leurs échecs en proposant des solutions appropriées aux défis qui leurs sont imposés par leurs opinions publiques.

Il devient de plus en plus évident que ce dont a besoin l’Europe, est une remise à plat de son architecture, de son mode de fonctionnement et de la relation nationale avec le supranational. L’empilement des Traités, coiffés par un super Traité, intitulé à tort « Constitution », contenant des dispositions démocratiques certaines, n’a pas suffit pour entraîner l’adhésion de nos concitoyens. Le sentiment général, qui explique le rejet du Traité, est que pendant 50 ans l’Europe était affaire de spécialistes, à quelques exceptions près, et que soudainement ceux-ci ayant perdu la maîtrise du jeu, à la suite du dernier élargissement massif, ont décidé de transférer la responsabilité aux peuples. Les peuples ont dit non à ce transfert de responsabilité et non pas à l’idée Européenne.

D’avoir réduit les causes du rejet à une soi-disant volonté de défendre un modèle social défaillant, revient à accorder à toutes les forces du conservatisme de gauche comme de droite le bénéfice de ce résultat, alors que les analyses faites par les politologues montrent qu’il n’en est rien.

Force est de constater que de tous les mouvements politiques se réclamant de la gauche en Europe, seuls ceux de la France s’accrochent becs et ongles aux acquits sociaux, les services publiques et l’interventionnisme massif de l’état dans le secteur économique. Le conservatisme des ces forces serait pathétique, voire sympathique, s’il n’était pas représentatif du lourd passif des comptes de la nation, du manque de croissance et surtout du chômage le plus élevé parmi les pays industrialisés.

Le moment est donc venu, que ceux qui nous gouvernent prennent conscience que le peuple aspire à voir sa condition humaine s’améliorer. Beaucoup moins de chômage, un pouvoir d’achat accru, un avenir plus sûr pour leurs enfants, un environnement mieux agencé et plus sécurisé, une politique de santé publique et de protection efficaces et ainsi de suite.

Pour y parvenir il faut d’adopter des mesures radicales, débarrassées de toute connotation idéologique et de parti pris nationaux. Seule comptera l’efficacité de ces mesures. Les français rendront le gouvernement comptable des résultats obtenus, peu importe le caractère idéologique des mesures adoptées.

Sur le plan européen, il appartient à la France, qui par son exemple a fait prendre conscience à tous les peuples de notre continent du déficit démocratique de la construction européenne, de prendre une initiative spectaculaire, éloignée des clichés de la confrontation franco-anglaise. Cette initiative doit s’inspirer des défis futurs et non pas de la défense des acquits largement dépassés aujourd’hui.

Cette initiative, doit être prise avant le prochain Conseil Européen. Elle doit émaner de l’UMP, seule structure pérenne de la majorité, représentative du changement, et relayée par le gouvernement. Aucune alliance préalable avec d’autres gouvernements ne doit être recherchée. Celles-ci se noueront en fonction de la dynamique de la proposition.

C’est à ce prix que l’Europe sortira de la crise !

09:57 Publié dans Construction Européenne | Lien permanent | Envoyer cette note