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lundi, 25 avril 2005
Réflexions sur les propos des tenants du cartel du non
Edito hebdomadaire du Président de la Commission Génération Europe
Réflexions sur les propos des tenants du cartel du non
En lisant et en écoutant les tenants du cartel du non j’apprends, enfin, que cette Europe qui se construit depuis 1951 à l’initiative du gouvernement Français de l’époque, sur le concept d’un français, Jean Monnet, sans l’Angleterre qui n’a rejoint l’Europe qu’en 73, c'est-à-dire vingt-deux ans plus tard, est une Europe libérale et anglo-saxonne !
Ainsi, cette perfide Albion qui nous a rejoint du bout des pieds après vingt-deux ans de consolidation de la construction européenne à six, sur un concept français, conduite au début par le tandem de Gaulle – Adenauer, a réussi en trente ans a renverser la vapeur, alors que l’Europe s’était élargie entre autres à la Grèce, l’Espagne et le Portugal – dirigés par des gouvernements socialistes, à la Suède – pays oh ! combien social - sans oublier le rôle toujours prépondérant de la France qui, depuis 1981 jusqu’en 2002 a été gouvernée pendant 14 ans par un Président socialiste et pendant 16 ans par des gouvernements socialistes avec la participation de ministres communistes, dont l’un d’entre eux s’appellait Buffet (pas le peintre) !
Comme cette idée ne m’avait jamais effleurée, pendant les quarante années de ma vie que j’ai consacrées à la construction européenne aux côtés de Jean Monnet, du professeur Henri Rieben, de Pierre Pflimlin, de Giuseppe Vedovato et d’autres qui me pardonneront de ne pas les citer, j’ai tenté de comprendre comment une telle évidence ait pu m’échapper !
Rendons d’abord à César ce qui appartient à César : en effet l’Europe, dès 1951, c’est construite autour de l’économie de marché, telle qu’elle se pratiquait dans les Etats fondateurs. Ni plus ni moins. Ce sont les gouvernements dans chacun des Etats qui ont impulsé les orientations de la politique économique pratiquée par la Communauté Economique Européenne au début et par l’Union Européenne aujourd’hui. Comme il fallait l’unanimité pour décider, c’est le plus petit dénominateur commun qui s’imposait, avec une prime accordée au tandem franco-allemand. C’est ainsi que de Gaulle imposa la « politique agricole commune » qui a tant bénéficiée à l’agriculture française, ce que les agriculteurs français semblent oublier aujourd’hui. L’économie de marché n’est donc pas une nouveauté dans la construction européenne. C’est simplement le reflet du miroir de ce qui se pratique dans les Etats souverains qui forment l’Union européenne. Parce qu’enfin il n’est pas inutile de le rappeler est une Union d’Etat souverain et nullement un Etat Fédéral, raccourci qu’utilisent beaucoup de partisans du non.
Les premiers pas de l’Angleterre dans l’Europe communautaire coïncident avec la fin de règne du travaillisme de M. Wilson et le début de l’ère du libéralisme Thatchérien. Le reflet de cette transition est caractérisé par une période de valse hésitation de M. Wilson, suivi d’une période d’affrontements épiques entre Thatcher et Mitterrand, dont les seuls résultats furent des concessions financières de la part de la France contre des concessions sociales de la part d’Angleterre. Jusqu’ici, les affirmations des tenants du cartel du non ne semblent pas être fondées.
Nous voici en 1990. Le mûr de Berlin s’écroule, l’Union Soviétique implose, les régimes économiques socialistes partout dans le monde, y compris en Chine et dans les pays de l’Asie du Sud Est, s’effondrent et cèdent leur place à des économies de marché. La caractéristique dominante de cette mutation est l’abandon, pur et simple, par tous ces pays de tous les acquis sociaux, dont incontestablement leurs régimes antérieurs avaient accordés aux citoyens qu’ils régentaient.
Cet abandon est plus net encore dans les pays qui ont soit conservé des régimes politiques communistes – tels que la Chine et le Vietnam – soit ont adopté des régimes autoritaires tels que la Russie.
L’économie de marché triomphe partout dans le monde et le progrès social qui l’accompagne est fonction et proportionnelle au dynamisme et aux performances de ce marché. Là où les performances sont grandes les progrès sociaux sont importants. Là où le marché est balbutiant les droits sociaux sont inexistants. Nous sommes en présence de l’économie de marché libéral de type anglo-saxon.
Face à ce type d’économie de marché, l’Union Européenne, inspirée par la France, l’Allemagne et les pays Scandinaves, met en place une variante qui inscrit les droits sociaux dans le cadre de l’organisation et du développement économique. C’est ce type d’économie de marché que consacre la Constitution Européenne et que sont appelés à approuver les Français le 29 mai 2005, et non pas du tout une économie libérale à l’anglo-saxonne. En revanche le rejet de cette Constitution ouvre la porte à la mise en place, au sein de l’Union Européenne d’une économie de marché purement libérale.
De l’analyse qui précède, rien ne me permet de conclure au bien fondé des affirmations des tenants du cartel du non. Cette première conclusion m’autorise-t-elle à affirmer péremptoirement qu’ils ont donc tort ? Sans doute. Cependant, cela ne satisfait pas mon esprit cartésien ! Voyons donc, si l’autre de leurs affirmations n’est pas susceptible de justifier le rejet de la Constitution : il s’agit de la proposition qui est faite aux français de rejeter la Constitution, pour permettre non seulement la renégociation de celle-ci, mais aussi de toute la construction européenne depuis plus de cinquante ans !
Essayons d’imaginer les scénarii le lendemain du rejet de la Constitution :
Scénario 1 : le Président de la République tirant la leçon du vote des français décide de confier la mission de former le gouvernement à celui que les sondages placent en première position comme avocat du non, à savoir Philippe de Villiers, en toute indépendance. Première question : avec qui Philippe de Villiers constitue-t-il le gouvernement ? Avec Dupont-Aignant ? Pourquoi pas ! avec Charles Pasqua, souverainiste comme lui ? Pourquoi pas, si les invectives réciproques sont oubliées ! Avec Henri Emmanuelli, Mélenchon, Besancenot, Laguiller ou Buffet ? Encore faut-il qu’ils le veuillent ! Imaginons qu’il balaie toute ces difficultés et qu’il forme ce gouvernement avec tous les animateurs du non, y compris José Bové à l’agriculture ou à la santé (je précise au ministère, pour couper court aux mauvaises langues: OGM obligent), comment assure-t-il son investiture à l’Assemblée Nationale et/ou au Sénat ? Très peu de chances de réalisation de ce scénario !
Scénario 2 : le Président de la République tirant la leçon du vote des français, démissionne, des élections présidentielles sont organisées quelques semaines plus tard et les français conséquents avec leur vote du 29 mai, élisent d’une courte tête Laurent Fabius devant Henri Emmanuelli. Le nouveau président constatant que l’Assemblée Nationale ne lui apporte aucun soutien, dissout et organise de nouvelles élections législatives. Juste avant la dissolution, les responsables de tous les partis politiques, constatant que le seul parti n’ayant pas perdu son unité pendant cette aventure est le Front National et étant incapables de cerner les intentions du corps électoral, décident d’appliquer la proportionnelle pure et pour éviter toute aventure que le scrutin uninominal à deux tours peut réserver dans de telles situations….
C’est ici que je me réveille et que je me rends compte que la proposition des tenants du cartel du non est un leurre, tout à fait irréalisable. D’abord parce que il ne se trouvera aucun homme politique capable de formuler une proposition acceptable par tous, ensuite parce que les partenaires de la France au sein de l’Union ne l’accepteront pas. Dusse-ai-je égratigner la modestie des tenants du cartel du non, il n’est pas inutile de leur rappeler que l’influence de la France est grande à l’intérieur de l’Europe et pas en dehors de celle-ci, ce que serait le seul résultat concret du NON.
Tous mes amis français me disent que leurs compatriotes sont frondeurs, conservateurs, chauvins, xénophobes et que sais-je encore. Je vis en France depuis plus de quarante ans : le français et ma première identité culturelle celle du cœur, avant la grecque qui est celle de mes origines familiales, l’arabe qui est celle des origines de ma naissance et l’anglo-saxonne qui est celle des origines de mon éducation. Je crois connaître les français et j’ai confiance en leur intelligence, leur générosité, leur aptitude au changement, leur volonté de progrès. Mais heureusement que chaque être humain a les défauts de ses qualités, faute de quoi le genre humain serait ennuyeux !
A l’époque où nous vivons, où tout est formaté, nivelé, standardisé, il est naturel qu’un people avec une longue histoire, une révolution emblématique, une culture universelle, aspire à défendre son identité culturelle, son mode de vie. Et quand ce peuple est de plus attaché à son terroir, à sa Gaule et aux personnages qui ont façonné son enfance, il est tout aussi naturel d’être attirer par la tentation de refuser un changement qui lui paraît être imposé de l’extérieur.
C’est en mettant à profit ces sentiments légitimes que les tenants du cartel du non cultivent le mécontentement des français pour convaincre, sans leur apporter la moindre perspective d’avenir.
Car ce ne sont pas les fanfaronnades du cartel du non, mais la réalité quotidienne qui doit guider nos choix pour défendre nos convictions intimes et notre identité. Et la réalité quotidienne c’est un milliard deux cent millions de chinois qui aspirent à devenir la première puissance mondiale tant sur le plan économique que sur le plan politique et par voie de conséquence militaire. C’est un milliard d’hindous, qui croissent sur le plan démographique plus vite que les chinois et qui veulent les dépasser. C’est près d’un milliard d’hispaniques qui dans vingt ans feront partie des acteurs géopolitiques majeurs. Ce sont les Etats-Unis d’Amérique, dont il n’est pas inutile de rappeler que la communauté hispanique tend à devenir majoritaire, qui défendra sa première place actuelle, y compris par la guerre si nécessaire !
Face à ce déferlement, que pèseront la France de soixante millions d’habitants, l’Allemagne de quatre-vingts millions d’habitants et ainsi de suite pour chacun des pays qui constituent l’Union Européenne, pris individuellement. Comment se défendra la France commercialement face à une menace américaine, comme celle qu’elle fait peser aujourd’hui si l’Europe ne renonce pas à la levée de l’embargo imposée sur les armements à destination de la Chine ou encore de celle qu’elle a annoncé si jamais l’Europe incluait la Chine dans le projet Galiléo qui est le concurrent du GPS américain, menace militaire et non commerciale !
Aujourd’hui, c’est l’ensemble des Etats réunis au sein de l’Union Européenne qui constitue la première puissance économique et commerciale mondiale et c’est par l’intermédiaire de l’Union Européenne que la France impose ses points de vues dans les enceintes internationales. C’est parce qu’elle fait partie de l’Union Européenne, que Jean-Pierre Raffarin peut se permettre de dire que la France œuvre avec la Chine pour la levée de l’embargo sur les armes, que les Etats-Unis ne réagissent pas et que la France vend des Airbus.
Le cartel du non évoque les délocalisations, la mondialisation, le libéralisme que soit disant la Constitution consacrera pour présenter une vision apocalyptique de l’emploi et des services publics.
Ce cartel a-t-il :
décrit, une seule fois, ce que serait chacun de nos pays sans l’Union Européenne, bardés de frontières, de visa, de contrôles et de procédures douaniers ?
mesuré la perte de recettes touristiques, d’emplois de services dans l’industrie touristique si l’Union n’avait pas facilité les déplacements entre les Etats qui la constitue ?
comparé ce que seraient aujourd’hui, France Télécom, la Poste, EDF, GDF, Air France sans l’aiguillon de modernisation représenté par l’Union Européenne ?
calculé le nombre d’emplois qu’aurait perdu la France si elle était isolée en Europe ?
La liste des questions pourrait être encore plus longue, mais le but n’est pas compter le nombre des inexactitudes mais d’illustrer la méthode de l’insinuation et du faux procès intenté à la Constitution par les tenants du cartel du non.
Le 29 mai prochain vous ne voterez pas « merde » comme l’a titré un grand hebdomadaire national, car vous êtes de citoyens responsables, soucieux de l’avenir de votre pays et de vos enfants et non des enjeux politiciens des uns et des autres.
Vous voterez selon vos convictions profondes au sujet de l’Europe et non pas en raison de vos humeurs en matière de politique nationale :
Si vous estimez que la construction européenne peut se poursuivre sans l’influence de la France : vous voterez NON
Si vous estimez que la France doit participer activement à la construction européenne en influençant son devenir : vous voterez OUI
Jean-André TSIMARATOS
17:27 Publié dans , | Lien permanent
Commentaires
j'approuve, j'applaudis, je souscrits...
Écrit par : daniel | dimanche, 01 mai 2005
je n'approuve pas, je n'applaudis pas, je ne souscris pas...
Écrit par : alain | mercredi, 04 mai 2005



